Le feu : réagir pour survivre

Sept stagiaires du Centre des Métiers de la Mer de Polynésie française suivent actuellement un certificat de qualification à la lutte avancée contre l’incendie. Sur les 35 heures de formations, 17 sont consacrée à la théorie, 18 à la pratique.

« On monte progressivement, c’est une formation qui va crescendo », explique le formateur d’Argos, Johan Don. Il assure la théorie et la pratique du certificat de qualification à la lutte avancée contre l’incendie. « On est en salle le lundi et le mardi. Le mercredi également mais on commence à travailler sur plan et mettre en place la lutte. »

Le jeudi et le vendredi sont des jours de pratique. « Le jeudi on est sur le navire Corsaire, il n’y a plus de papier, c’est de la mise en scène avec de la fumée blanche. Le vendredi, on va au feu. »

Ce mercredi, les stagiaires sont à mi-parcours. Ce sont des officiers qui apprennent à manager et prendre la direction des opérations en cas d’incendie à bord. Depuis le 26 juillet 2013, le certificat est obligatoire même pour les pêcheurs. « Il est valable 5 ans », précise Johan Don.

 

Jean-Marie Métais est inscrit. Il suit le certificat dans le cadre de son BC 500. Il a déjà la Formation de Base à la lutte contre un incendie. « Mais c’était il y a quatre ans. C’est bien de se rafraîchir la mémoire et de pousser un peu les connaissances car maintenant on doit être capable de mener les opérations, on ne va plus tenir le tuyau pour éteindre les flammes. »

Par expérience, il sait toute l’importance de ce genre de stage. « En 2017, un camion a pris feu sur le Nuku Hau où je travaillais car il n’y avait pas de coupe-circuit sur le véhicule. Tout le monde a su réagir, rapidement et correctement, on a pu maîtriser le truc sans dégât car on était préparé. »

 

 

« Le management ne s’apprend pas à l’école mais à bord ! »

Lors de la formation de qualification à la lutte avancée contre l’incendie les stagiaires suivent 18 heures de cours pratique. Le jeudi, ils se rendent sur le navire le Corsaire pour mettre à profit les enseignements théoriques des jours précédents. Ils simulent la prise en charge d’un début d’incendie signalé par de la fumée blanche.

« Allez on va à l’avant », lance le formateur de chez Argos Johan Don. Il regroupe ses stagiaires pour les premières consignes. « Vous avez le matériel, vous allez le vérifier comme vous le feriez avant de partir en mer et le gréer avant de partir au feu. »

Pour la mise en scène du jour un Directeurs de lutte (le DDL) et un Directeur d’intervention (DDI) se portent volontaires. Ils doivent prendre en main les opérations. Les stagiaires réceptionnent leur matériel et se dispersent dans le navire.

Le formateur s’absente, prend l’un des stagiaires à part qu’il emmène à l’arrière à bateau pour lui indiquer un départ de feu. De la fumée blanche s’échappe de la soute à bagage. « Au feu, au feu, au feu ! »

 

« Je suis là pour donner des méthodes afin d’éviter les couacs, pour délivrer des conseils et faire part de mon expérience », résume Johan Don tout en suivant de près le déroulé de lutte imaginé par les stagiaires. « C’est important car cela permet de gagner du temps. Et, si dans le civil le temps c’est de l’argent, en mer, c’est une chance de survie. »

Des consignes sont données, les stagiaires s’équipent, enfilent cagoules, gants et appareils respiratoires et malgré la chaleur s’avancent vers la soute à bagage pour maîtriser l’incendie.

« On ne fait pas semblant », décrit le formateur qui espère instaurer quelques bonnes habitudes. Pour ce faire, l’exercice, commenté par le formateur, est répété plusieurs fois tout au long de la matinée.

 

 

Jour 5 : l’épreuve du feu

Les stagiaires qui suivent la formation de qualification à la lutte avancée contre l’incendie ont été confrontés aux flammes le dernier jour de la semaine. « C’était chaud, mais bénéfique », assure Tearaitua Manuel-Mahinepeu.

 

Johan Don, le formateur d’Argos est prêt pour suivre les stagiaires dans le fare tatane (« maison du feu » ou « maison du démon »). Il s’agit d’un bloc de béton situé dans les hauteurs de Sainte-Amélie et dans lequel des feux sont allumés pour des exercices « feu réel ».

« Le but n’est pas en soi d’éteindre le feu », explique le formateur, « il s’agit d’apprendre à ne pas perdre de temps, à éprouver la chaleur, à ne pas utiliser trop d’eau car, sur un bateau, cela peut avoir de graves conséquences. Les stagiaires sont amenés à diriger la lutte, pour bien faire, ils doivent savoir ce que les marins ressentent quand ils les commandent. »

Une fois le feu allumé, les stagiaires, équipés et constitués en binôme, doivent entrer dans le fare tatane. Ils ouvrent la porte, éteignent un premier feu, puis progressent, dans le noir. « Là, ils prennent conscience que la fumée est toxique, chaude, inflammable, opaque et mobile ! »

À la sortie, Tearaitua Manuel-Mahinepeu résume : « c’est chaud, mais bénéfique ! » Elle travaille sur l’Aremiti. Elle se prépare au BC 500 (qui la formation de qualification à la lutte avancée contre l’incendie) en semaine et poursuit son activité professionnelle le week-end.

« Avec cette épreuve pratique, on comprend bien le fonctionnement du feu, on apprend à se positionner, à se servir du bon vocabulaire. Le feu, en mer, ce n’est pas facile. En plus de devoir gérer les flammes, la quantité d’eau utilisée, il faut évacuer les passagers. On en a 900 à faire sortir. »