Le mot du Directeur

« De belles perspectives pour la filière maritime en PF »

Parole Georges A Mai, un passionné de la mer au parcours remarquable :

Quel est votre parcours ?

Après mon cursus scolaire classique en 1980, je me suis orienté immédiatement vers la formation maritime que j’ai suivie dans cet établissement. Puis, j’ai démarré ma carrière de marin en qualité de matelot léger pour la terminer en tant que capitaine. J’ ai été enrôlé un peu plus de 35 ans sur les navires de la flottille administrative. Durant une dizaine d’année de navigation, j’ai parcouru tous nos archipels et touché quasiment toutes les îles et les atolls habités de la Polynésie française. Puis, j’ai également occupé des fonctions administratives dans le milieu maritime en tant que comptable et responsable de la gestion des ressources humaines. De 1998 à 2006, j’avais en charge la gestion d’un peu plus de 1200 agents. Ces responsabilités ne m’ont pas empêché, entre-temps, et en cours du soir, de fréquenter les bancs de l’université pour des études de droit, économie et gestion. Je n’ai bien évidement pas manqué de saisir chaque occasion qui se présentait pour me plonger dans les études de droit maritime, de droit du travail maritime, de droit la mer et de droit du travail polynésien parce que ce sont des matières qui m’ont toujours passionnées.
Cela m’a naturellement poussé à m’engager dans le syndicalisme pour la défense des droits du marin. J’occupe ainsi depuis quelques années les fonctions de vice-président du Syndicat des gens de mer. Puis pendant six riches années, jusqu’en 2020, j’ai exercé en qualité de juge-assesseur au Tribunal du travail de Papeete dans le collège des salariés. J’étais pendant quelques années administrateur du conseil d’administration du Centre des métiers de la mer en qualité de représentant des officiers jusqu’à ma nomination à la direction de l’établissement.
J’ai également été chargé de mission du secteur maritime au ministère en charge du transport maritime en 2006, le temps d’un cours mandat. C’était une période très instable. Puis, j’ai exercé sept années à la direction des Affaires Maritimes de Polynésie française en tant que responsable de la cellule des immatriculations avant de réintégrer mon service d’origine dès 2014 en tant que responsable administratif et financier puis en tant que chef de la flottille administrative, entre autres ! Fin 2019, monsieur le sénateur et Vice–président de la Polynésie française d’alors, m’avait convoqué et proposé de prendre la direction du Centre des métiers de la mer que j’ai accepté sans hésitation pour nous être retrouvés en phase avec les carences des métiers et professions du secteur, les perspectives de développement, les ambitions du Pays en matière d’économie bleue et les moyens techniques et financiers nécessaires pour leur mises en oeuvre avec son soutien et celui du Gouvernement. M. Teariitemoana ALPHA, Vice-président et actuel ministre en charge de l’économie bleue nous a renouvelé son parfait soutien avec l’insistance d’être toujours plus proche des attentes de nos professionnels et de nos futurs stagiaires ici à Papeete, dans les districts éloignés comme sur l’ensemble des îles et atolls de nos archipels.
La mer, c’est avant tout une histoire de passion et de passionnés puis, en tant que Polynésien, je dirais que c’est génétique !

 

Quelles sont les perspectives pour le CMMPF ?

Lorsque j’ai pris mes fonctions à la direction de cet établissement en février 2020, j’avais déjà en tête le constat d’une population d’environ 450 navigants de la marine marchande affichant une moyenne d’âge d’environ 50 ans. Pour la profession et le secteur, c’est assez effrayant dans le sens où réglementairement, dès 50 ans et sous certaines conditions (d’âge et de durée de cotisation), les marins peuvent à leur demande, faire valoir leur droit à une pension de retraite qui correspond à la pension d’ancienneté de l’ENIM (Établissement National des Invalides de la Marine).

Prendre en compte la durée des formations et les temps de navigation requis pour la délivrance des brevets et disposer des compétences et qualifications opérationnelles, cela peut varier entre 3 à 5 ans.

Certes, autant dire que le besoin est urgent ! Urgent de préparer la relève, tout en agréant, à minima, le maintien des qualifications et compétences requises pour les actifs afin de garantir le maintien des titres détenus et continuer à exercer dans leur fonction.

Outre cet aspect social réglementaire, c’est qu’aujourd’hui nos navires sont de plus en plus importants en termes de capacité et de transport et sophistiqués en termes d’équipements et d’appareillages. Plusieurs compagnies recrutent à l’extérieur, pour certaines fonctions à bord, par manque de personnels qualifiés et compétents disponibles en Polynésie française.

Il n’est pas anodin de préciser que les formations pour la filière marine marchande dispensées par notre établissement sont conformes aux exigences règlementaires et aux normes internationales (STCW 2010).

Nos efforts contribueront à la montée en compétence de nos marins pour leur donner la chance d’évoluer en interne au sein de leur compagnie. Depuis 2020, nous renforçons nos moyens humains et maintenons les formations de matelot, capitaine 200UMS, 500UMS, de mécanicien 250kw, 750kw, de pilote et patron lagonaire, de capitaine de pêche côtière et capitaine de pêche au large. Les formations destinées au secteur de la pêche seront maintenues. Le secteur du nautisme touristique n’est pas en reste puisque nous ouvrirons courant 2022, une session de capitaine 200 voiles. De même que les métiers destinés à l’aquaculture et la perliculture intègreront prochainement notre carte de formation qui sera complétée par les formations destinées à qualifier des officiers ponts et machines, officiers chef de quart, 3000 kW pour les chefs-mécaniciens, 3000 UMS pour les capitaines dès le second semestre de 2022. Cet effort se poursuivra le temps de rétablir un équilibre acceptable entre l’offre et la demande.

Pour la petite histoire, certains de nos officiers polynésiens, pont ou machine, issus de notre établissement, exercent sur des armements basés en Nouvelle–Calédonie ou au Vanuatu. Les stages périodiques de recyclage sont dispensés par notre établissement. Et nous envisageons, dès que les conditions nous le permettront, de répondre à la demande des autorités de Wallis et Futuna pour dispenser une formation de Certificat matelot pont aux îles Wallis.

Une des ambitions du Pays pour notre établissement est d’être la référence en terme de formation professionnelle maritime et d’intervenir sur l’ensemble du bassin Pacifique –Océanie.

Un autre projet qui me tient à cœur et qui est également une demande récurrente des marins et des professionnels du secteur, c’est de pouvoir délivrer la formation de capitaine et chef mécanicien illimité en Polynésie française, du moins dans un premier temps, pour toute la partie théorie de la formation. Ce qui réduirait le temps d’immobilisation de l’apprenant en métropole, seulement à la durée des travaux pratiques, sur bancs d’essais, en atelier et sur simulateurs.
Ce sera un des sujets à évoquer, si possible avant la fin de cette 2021, avec l’école nationale supérieure maritime du site de Havre avec qui nous avons un partenariat, l’Inspection générale des enseignements maritimes mais aussi avec toutes les institutions et autorités maritimes compétentes.

 

Quand le CMMPF va-t-il déménager à Arue ?

Il est prévu que nous prenions livraison des anciens bâtiments de l’institut national de la recherche et du développement (ex. IRD) vers juillet-août 2022. Si le calendrier est maintenu nous serons totalement opérationnels pour la rentrée 2023. Actuellement, nous disposons d’environ 400 mètres carrés de surface exploitable pour les ateliers, les salles de simulateurs, les salles de cours et l’administration. Pour tenir notre planning et nos formations, nous sommes amenés à louer des salles supplémentaires à l’extérieur. Sur le site de Arue, le bâtiment est implanté sur un foncier de plus de 6000 m2 en bord de mer.
Nous disposerons de près de 1600 mètres carrés de surface exploitable pour les besoins pédagogiques et administratifs ainsi qu’un bâtiment destiné à l’hébergement de 20 étudiants.

Sur Arue, de nouveaux moyens humains administratifs et techniques (formateurs) seront vraisemblablement sollicités pour compléter l’effectif actuel du centre afin de répondre efficacement et simultanément à nos ambitions et aux perspectives de développement de nos formations à Tahiti et dans les îles.

Les domaines de la marine marchande, de la pêche, du nautisme touristique, de l’aquaculture et de la perliculture sont des filières phares où les qualifications et compétences ne sont pas de vains mots. Nous mettrons l’accent sur les formations liées à l’électronique, l’électrotechnique et l’électromécanique pour répondre à une forte demande des compagnies maritimes.
L’établissement investit près de 200 millions dans de nouveaux simulateurs à la pointe du progrès, avec des logiciels qui nous permettront de travailler sur des cartes de la Polynésie française et du Pacifique, en plus des cartes de métropole et de Singapour.

 

Et pour la partie pêche ?

Le Pays nous soutient entièrement pour le développement des formations de la filière pêche, allant du certificat de pilote lagonaire (CPL) pour les activités nautiques, de certificat de patron lagonaire pêche et cultures marines (CPLPCM) destiné à la pêche lagonaire, le brevet de pêche côtière (BCPC-Poti marara) jusqu’au brevet de capitaine de pêche au large (BCPL-thonier). On met également un accent fort sur les formations délocalisées pour permettre aux habitants des îles d’en bénéficier. Pour cette année, en fonction des moyens dont nous disposons, quatre sessions délocalisées sont prévues dont une à Bora bora, Rurutu et Huahine pour le CPL-PCM, et une session du BCPC à Nuku-Hiva. Nous toucherons d’autres îles dès janvier 2022. L’établissement est très soutenu pour ses besoins matériels et humains. Nous envisageons recruter pour atteindre nos objectifs dans les meilleurs délais. Le Pays est conscient des enjeux de ce secteur et du potentiel immense à développer au sein notre ZEE. Nous avons également le soutien total de la commission en charge du maritime à l’assemblée de Polynésie.

 

L’aquaculture est également au programme ?

Oui, les métiers de l’aquaculture et de la perliculture requièrent des connaissances et des techniques particulières. Les professionnels de ce secteur souhaitent la formation d’ouvriers et de techniciens aquacoles et de greffeurs professionnels. La plongée sous-marine complètera la carte de formation des métiers aux secteurs aquacoles et perlicoles. Pour ce faire, le Vice-président M. Teariitemoana Alpha a sollicité le transfert des missions et moyens du centre des métiers de la nacre et de la perliculture (CMNP) de Rangiroa au Centre des métiers de la mer de Polynésie française (CMMPF). Dans cette perspective, la base de Rangiroa nous servira d’antenne pour le développement des formations délocalisées et les formations liées à l’aquaculture en général.

 

Quelles sont les perspectives pour le secteur maritime ?

Considérant notre situation géographique dans le grand Pacifique, l’étendue de notre surface maritime et la dispersion de nos îles archipélagiques en grande partie habitées, on prend conscience que le secteur maritime est un potentiel vecteur de développement considérable tant les métiers qui y sont rattachés sont nombreux. Le transport aérien domestique et maritime est incontournable. Ainsi, les métiers de pilotes, de marins, de constructeurs, de maintenance et réparations, de techniciens, électricien, froid, hydraulique etc… sont attendus sur ce secteur. Une formation adaptée est une des clefs pour y arriver.

Pour ce faire, l’idée d’un campus des métiers de la mer permet, en partenariat avec la Direction générale des enseignements et de l’éducation, (DGEE), le Vice-rectorat, l’Université de Polynésie française, le Lycée agricole de Moorea, entre autres, de diversifier les qualifications, compétences et titres attendus sur le marché.

Concernant les métiers liés au transport maritime ou à la pêche, beaucoup de jeunes sont en liste d’attente. Nous répondons à ces besoins du mieux possible mais peut-être pas encore au rythme idéal. Mais lorsque nous aurons intégré les nouveaux locaux, les conditions seront meilleures et les résultats au rendez-vous. L’urgence est de former le plus tôt possible des officiers de la marine marchande pour éviter de continuer à recruter à l’extérieur. La demande augmente, on le voit avec les nouvelles unités mises en service sur Moorea ou aux Raromatai. Sans compter les projets de nouveaux bâtiments toujours en cours et les remplacements inévitables des navires en fin de vie. Les demandes de nouvelles licences sont synonymes d’emplois nouveaux ; on doit préparer la jeunesse à ces métiers. Ce besoin est identique pour le secteur de la pêche où une compagnie projette de sortir une dizaine de bateaux. Là aussi, il faut les armer, la main d’œuvre formée et qualifiée doit être au rendez-vous. Nous devons préparer notre jeunesse pour ces métiers difficiles, certes, mais passionnants. C’est là tout l’intérêt de notre mission.

En résumé et de manière générale, le secteur maritime dans son ensemble est une filière pourvoyeuse d’emplois. La valoriser par la formation aux différents métiers liés à la mer et ses débouchés est une belle reconnaissance. Les valeurs communes en sont l’ambition, la compétence, la maîtrise et l’accomplissement.

 

Un dernier mot ?

Choisir le Centre des métiers de la mer de Polynésie française, c’est opter pour l’accompagnement dans la construction de votre projet professionnel au sein d’entreprises ou de compagnies maritimes, ou dans le cadre de la création de votre entreprise. Vous prenez place au sein de la communauté des diplômés des professionnels de la mer.

Depuis sa création voilà bientôt 50 ans, la grande majorité des marins en Polynésie française a usé les bancs de notre établissement. Beaucoup y ont fait carrière en qualité de matelots, de mécaniciens ou d’officiers pont ou officiers machines. Et nombreux aussi ont bénéficié de la notoriété de notre établissement et de la qualité de nos formations notamment en mécanique pour intégrer des groupes multinationaux producteurs d’énergie électrique.

Notre établissement s’est spécialisé durant plusieurs décennies dans la formation professionnelle maritime destinée essentiellement à former des navigants au cabotage pour la flotte commerciale locale et régionale puis aux pêcheurs professionnels et enfin très bientôt aux métiers de l’aquaculture et de la perliculture.

Nous redéfinissons, avec vous et pour vous, notre nouvelle carte d’offres des formations augmentées pour répondre aux besoins du marché et en conformité aux évolutions innovantes, réglementaires, des pratiques pédagogiques et des notions environnementales et de développement durable.

Notre ambition vise à faire de notre établissement la référence régionale en termes de formations professionnelles maritimes reconnues à l’échelle nationale et européenne.

Ensemble dès 2022, nous déploierons notre énergie et multiplierons nos interventions pour la mise en place d’un campus des métiers de la mer du Pacifique avec plus d’immersion internationale, de compétences hybrides, plus de dispositifs de financement et encore plus de spécialisations diplômantes. Nous nous engageons à entreprendre des relations avec le Centre européen de formation continue maritime pour un partenariat et disposer d’ingénierie des études.

En 2023, plus que jamais dans son histoire, le Centre des métiers de la mer de Polynésie française, se développe avec son temps et sera riche de nouveautés et d’ambitions. Aussi, j’espère avoir le plaisir de vous accueillir pour profiter ensemble de ces avancées et former des profils plus ouverts dont le monde maritime, soumis à l’innovation technologique, a besoin.

Votre énergie, votre motivation et votre projet est aussi le notre. Ensemble réussissons !